Extraits philosophiques

Sable mouvant

Paris-Dakar-Djeddah
Depuis 2020, le rallye Paris-Dakar se déroule en Arabie saoudite. C’est du génie. Je rappelle que si le Paris-Dakar ne relie plus Paris à Dakar, c’est pour éviter la Mauritanie, en proie au terrorisme. Donc, si je comprends bien, à présent qu’on va organiser la course chez ceux qui sont soupçonnés de financer le terrorisme, ça va mettre les bagnoles à l’abri.
Dans un premier temps, la course avait émigré en Argentine, au Pérou puis au Chili. Mais maintenant qu’on a un peu fait le tour des pays en crise – les politiques d’austérité, ça va bien un moment –, le rallye va migrer une fois de plus. On dirait un milliardaire à la recherche du meilleur paradis fiscal.
L’Arabie saoudite, donc. Le royaume a envie d’améliorer son image. Seulement l’image. Parce qu’il y a encore quelques petits trucs dans le pays qui piquent encore les yeux et ça n’a rien à voir avec le sable. C’est marrant d’imaginer qu’on puisse donner une vision moderne de son pays en important la plus grosse concentration de beaufs de la planète. Après, dans un endroit qui a encore des mœurs du Moyen Âge, faire venir un truc des années 80, je comprends que ça puisse être considéré comme moderne. Mais foin de mauvais esprit, pour une fois que l’Arabie saoudite veut donner un coup de fouet à son image et pas à un de ses habitants, on peut saluer l’effort.
Je sais, les mecs à l’organisation de la course, leur truc c’est la mécanique, pas la géopolitique. On ne peut pas leur en vouloir. C’est vraiment dommage qu’il n’y ait pas de désert en Corée du Nord, parce que sinon y avait un bon coup à jouer pour Kim Jong-un. En revanche, s’il y a une étape qui passe par le Yémen, il faudra bien penser à blinder les vitres des bagnoles (cela dit, ça promettrait du beau spectacle).
Alors, vous me direz, l’Arabie saoudite, pourquoi est-ce qu’on n’y a pas pensé plus tôt ? C’est quand même très pratique quand tu dois faire le plein. Et organiser une course de blaireaux au volant dans un pays où les femmes ont à peine le droit de conduire, il y a difficilement plus cohérent. De toute façon, le bousin est impossible à greenwasher, alors autant appuyer sur le champignon en klaxonnant dans les dunes. Et puis la France fournit déjà des armes à l’Arabie saoudite, alors pourquoi pas des grosses bagnoles ?
Moi, tout ce que j’en dis, c’est que du moment que les journalistes qui couvrent le rallye ne doivent pas pénétrer dans un consulat d’Arabie saoudite pour le visa, ils peuvent espérer revenir entiers. Et là où ça va vraiment valoir le coup, c’est lorsque, à l’arrivée, le vainqueur pourra sabrer le champagne avec un vrai sabre. Il faudra juste ne pas oublier d’essuyer le sang sur la lame. Sinon ça gâche le pétillant.

Debout les damnés de l’Uber !
Charline Vanhoenacker.
Denoël, 2020.

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