Extraits philosophiques

Luxe et délicatesse

L’esthétique de vivre avec peu

« Le mobilier réduit qui était à présent celui des Ransome – les balles de haricots, la table pliante… – apparaissaient moins aux yeux de la conseillère comme une marque de dépossession que comme le choix délibéré d’un style. »
Alan Bennett, La Mise à nu des époux Ransome

Il faut être riche intérieurement pour vivre dans peu et surtout avec peu. Vivre ainsi permet de prendre du recul sur tout : ses activités, ses fréquentations, et même sa propre vie. Chaque geste devient précis, aisé, gracieux. S’organiser se transforme en un jeu d’enfant. Le monde matériel ne nous accapare plus. Ce mode de vie devient lui-même un modèle à part entière d’esthétique.

Ne plus avoir, seulement être ou la philosophie des Tziganes

« Être gitan, c’est n’être rien : ni dans le sport, ni dans la mode, ni dans le spectacle, ni dans la politique ; et la réussite sociale n’a pas de sens pour nous. »
Alexandre Romanès

Michel Onfray, dans son ouvrage Cosmos, nous révèle la valeur de ce peuple tzigane que l’on connaît bien, en Europe, parfois pour quelques petits larcins, mais trop peu pour leur philosophie. Selon eux, explique Onfray, le travail ne devrait pas être une fin en soi mais le moyen de pourvoir à ses besoins élémentaires. Les Tziganes n’aiment ni l’argent ni l’avoir ; ils n’aiment ni les honneurs ni le pouvoir. Posséder, pour eux, c’est être esclave des choses, de l’avoir, de la propriété. Ce peuple libertaire n’est l’esclave de rien ni de personne. Aucun objet ne saurait lui être un lien. Quand on est vraiment, on n’a pas besoin d’avoir. Dans leur roulotte, ils ont ce qui permet d’être, ni plus ni moins. Ce qui excède cette loi de l’être définit le « Gadjo » (le sédentaire) qui veut avoir pour être, et qui a d’autant plus qu’il n’est pas. Pour le Tzigane, le Gadjo possède en proportion du fait qu’il n’est pas lui-même sa propriété. A la mort du Tzigane, du moins dans les temps d’avant, on brûlait sa roulotte, ses objets ; parfois plus tard… sa voiture ou son camion. Ses bijoux et son argent étaient disposés dans son cercueil ou bien dépensés pour les funérailles, investis dans un tombeau magnifique. L’incinération des biens dit tout le génie de ce grand peuple qui n’a cure ni de l’argent ni de la propriété, ni des choses.

Et si trop penser était une maladie ?

Penser, penser, encore penser…, certains finissent même par culpabiliser lorsqu’ils ne pensent pas. Ils ignorent qu’être capable d’arrêter de penser régulièrement est l’outil le plus utile, le moins coûteux et le plus efficace contre le stress. En vacances, vous avez laissé vos problèmes au garage et vous profitez de vos sensations physiques. Tout comme lorsque vous étiez enfant et que vous découvriez des trésors partout : une belle pierre, une immense toile d’araignée sur laquelle un insecte se débat, une flaque vous invitant à jeter les deux pieds ensemble…

Lorsque nous grandissons, nous nous intéressons à l’argent, au pouvoir, à son statut social
Ces choses-là, pourtant, ne nous satisferont jamais complètement. Ce n’est qu’en se fondant à la beauté de la nature qu’on peut retrouver la capacité de s’émerveiller devant la vie. Seule la nature peut aider notre mental à ralentir sa course folle et redonner de la vie à nos sens. Regarder, observer, sentir, humer…, la nature a le pouvoir magique de calmer l’esprit. Elle ramène à l’instant présent, au contraire d’Internet, de la télévision ou des voitures.

Transformer les moments d’attente en mini vacances
Que faisons-nous, tout le temps, si ce n’est attendre ? Attendre la fin de la journée de travail, un rendez-vous, les vacances, le jour où l’on sera plus riche pour satisfaire un désir…. Nous passons nos vies à attendre. Mais attendre est un cadeau merveilleux si nous savons en profiter. Car attendre permet d’être complètement absorbé dans ce qui arrive au moment présent. Attendre dans une file au supermarché ou dans un bouchon sur l’autoroute sont des occasions à ne jamais manquer, pour se plonger dans « l’instant présent ». Ces courts moments peuvent être comme des « mini vacances » au beau milieu de l’agitation du quotidien. Le luxe est tellement caractéristique de la vie en vacances !

Dominique Loreau.
L’art de la délicatesse.
Flammarion.

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