Le dragon

Ces deux amis-là, un beau jour, se promenaient dans la forêt.

L’un d’eux était aveugle. L’autre le conduisait, il lui tenait la main, fermement, en bon compagnon. Or, voilà que sous les grands arbres apparaît soudain un dragon, une sorte de monstre informe, énorme, griffu, grimaçant.

– Seigneur Dieu, dit celui qui voit, oh malheur, nous sommes perdus !

Il s’arrête, la bouche ouverte, se serre contre son ami.

– Qu’as-tu vu ? demande l’aveugle.

– Un monstre épouvantable, entre les arbres, là, il bouge avec la brume. Oh ses ailes ! Oh ses yeux !

– Est-il fait de vraie chair vivante ?

– Je ne sais pas, il va, il vient, il se défait, se recompose, il s’éloigne, non, il grandit !

– Ferme les yeux, lui dit l’aveugle, et donne-moi la main. Allons.

Ils marchent droit sur le dragon. Le corps de la peur se défait.

Henri Gougaud.

Print Friendly