Apprendre à apprendre

Nous nous sommes libérés de la peur de l’eau, nous savons franchir le point nodal pour entrer dans l’eau … Évidemment, il nous reste à apprendre à nager. Cette femme devant son auditoire ose se lancer, mais sait-elle parler en public ? Cette activité, comme toutes les autres, demande un apprentissage. En vérité, tout s’apprend.

À part nos fonctions instinctives (téter, respirer, uriner, déféquer), nous avons tout appris. Quelle merveille de contempler une petite fille d’un an, assise sur son tapis, manquer une balle que l’on fait doucement rouler vers elle. Quelle joie de la voir quinze ans plus tard réaliser un saut périlleux sur une poutre d’équilibre. De même, écrire nous paraît naturel une fois devenu adulte, mais, si vous êtes droitier, prenez votre crayon de la main gauche et écrivez … C’est ainsi que vous avez commencé de la main droite. Apprendre est un jeu d’enfant, à condition de le considérer comme tel. L’autre possibilité est de se dire: « À trente-cinq ans, je devrais tout de même savoir parler en public! » Une fois encore, l’orgueil nous rattrape. Nous souhaiterions être différents de ce que nous sommes. Notre mental nous compare à ce que nous considérons comme étant la norme et, immédiatement, le juge intérieur nous flagelle: « Je suis inférieur aux autres, je suis nul. »

Quel que soit le domaine, nous devons passer par une phase d’apprentissage et il nous appartient qu’elle soit ingrate ou valorisante. Puisque nous avons le choix, autant nous amuser. Les possibilités d’en retirer du plaisir sont innombrables. Si nous évitons de nous juger, nous pouvons considérer ces premiers pas comme l’enseignement d’un loisir: après tout, quelle différence y a-t-il entre apprendre à parler en public et faire du théâtre?
Nous devons aussi réapprendre à échouer. Observons cet enfant qui va faire ses premiers pas, regardons-le se lever et puis retomber sur ses fesses, se relever et retomber encore, et encore … Qu’il rie, qu’il boude ou qu’il manifeste sa frustration, il se relève. Nos succès sont inscrits dans nos échecs et, comme le disait Oscar Wilde: « L’expérience est l’autre nom que l’on donne à nos erreurs. »
Le sport (vous aurez compris que c’est mon dada !) est à mes yeux l’archétype de cette notion d’apprentissage, c’est pourquoi les sportifs nous livrent nombre d’enseignements. Michael Jordan, l’un des plus grands joueurs de basket de tous les temps, l’exprimait ainsi: « J’ai raté plus de 9 000 paniers au cours de ma carrière (32 500 points marqués) ; j’ai perdu 300 matchs. À six reprises, on m’a remis le ballon et j’ai raté le panier alors que j’aurais pu donner la victoire à mon équipe. Ma vie est une succession d’échecs, voilà pourquoi j’ai connu tant de succès. »
La réalité est que nous n’apprenons que de nos erreurs.

Ayons soif d’échouer. Ceux qui réussissent le mieux sont ceux qui savent ce qu’ils entreprendront s’ils échouent. Accepter l’échec est la meilleure façon d’engranger les expériences. Plus nous accumulons d’expériences, plus nous devenons performants. Lors de notre vingtième prise de parole en public, nous serons plus performants que lors de la première.

Un jour qu’il était raillé par des journalistes parce qu’il s’échinait encore à vouloir inventer l’ampoule électrique, Thomas Edison leur a rétorqué: « Je n’ai pas échoué, j’ai trouvé 10000 façons qui ne fonctionnent pas. Je ne me décourage pas car chaque tentative échouée est un pas en avant vers la réussite.»

Plus de peur que de mal.
André Charbonnier.
Points, 2016.

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