Rire pour vivre

CETTE HISTOIRE N’EST PAS UN CONTE. Elle pourrait l’être, assurément, mais il se trouve qu’elle est vraie. C’est Christophe Nick, journaliste, qui la raconte. La voici.

Mon grand-père, dit-il, fut déporté par les nazis, pendant la guerre, à Buchenwald. Or, il advint qu’un jour de pluie, comme il était mené avec ses camarades, en longue file misérable, aux travaux forcés quotidiens, son sabot glissa dans la boue et il tomba le cul par terre. Le moindre faux pas, dans ce camp, était mortel Il le savait. Il entendit, derrière lui, un SS armer son fusil Alors il se tourna, le regarda, tout bête.

Allez savoir pourquoi, assis dans la gadoue, il éclata de rire. Le soldat, étonné, hésita un instant, il partit, lui aussi, d’un grand éclat jovial et remit son arme à l’épaule. Mon aïeul survécut à la déportation. il raconta plus tard qu’un ange lui avait inspiré ce rire et l’avait sauvé de la mort, le plus innocemment qui soit. Il ne s’en sépara jamais. Il fut joyeux toute sa vie.

Henri Gougaud.
Le livre des chemins.
Albin Michel.

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