Un brigand mangeait dans une auberge, lorsqu’une abeille vint tourner autour de son verre de vin. D’un revers de la main, il la projeta sur la table, et il allait l’écraser de son poing lorsqu’il se ravisa. 11 avait assez donné la mort comme cela. Cette pauvre abeille pouvait bien passer sa route! L’abeille comprit que les parages n’étaient pas sûrs et trouva tant bien que mal son chemin vers une fenêtre ouverte…

Son odorat la guida alors jusqu’à de jeunes abricotiers sauvages en fleur. Elle les butina et, par le miracle de la nature, pollinisa l’un des arbres.

Quelque temps plus tard, cet abricotier donna des fruits si savoureux qu’un paysan en tira une excellente confiture. On lui en fit tant de louanges que l’idée lui vint d’en porter un joli pot au roi de son pays. Le roi n’avait pas d’inclination particulière pour les confitures, mais il était amoureux d’une princesse qui se refusait sans cesse à lui. À de nombreuses reprises, il l’avait invitée au bal de son palais, mais la belle avait fait la sourde oreille. Il décida de lui renouveler une dernière fois son invitation en l’accompagnant de ce présent fort singulier.

La jeune femme en fut extrêmement touchée. Sa grand-mère, qui l’avait quittée peu de mois auparavant, l’avait toujours gâtée par ses confitures. La douceur sucrée de l’abricot lui rappela la tendresse de cette grand-mère aimée. Cela lui rendit le sourire, et elle accepta l’invitation au bal.

Quand le roi apprit que celle qu’il aimait s’était laissée fléchir, il s’apprêtait à signer la condamnation à mort de notre brigand, emprisonné pour un nouveau méfait. La bonne nou¬velle adoucit son humeur, et il se contenta d’envoyer le brigand casser des cailloux dans quelque lointaine contrée…

Une simple abeille avait changé le cours d’une vie!

Print Friendly