Extraits philosophiques

Le rêve chinois

La Chine ne vend pas du rêve

La Chine semble en passe de pouvoir conquérir la place de numéro 1 mondial grâce à la démographie et à l’économie. Mais une chose l’en empêche : pour être maître du monde, il faut savoir donner envie. C’est-à-dire avoir des valeurs à même d’irriguer la planète. C’était le cas des États-Unis. Nous mangions McDo, regardions des films américains, voulions des voitures américaines, nous avons enfilé des jeans. Nous avons adopté le mode de vie américain. Et tout réfugié quel qu’il soit souhaitait fuir en Occident et aux États-Unis, pays dans lesquels les droits de propriété sont garantis.

Personne ne veut aller en Chine, et c’est une grande faiblesse de ce pays dans la course au leadership mondial. La Chine est même probablement plus faible sur ce point que l’URSS. Dans les années 1970-1980, le monde communiste faisait rêver une partie des Occidentaux. On imaginait un monde plus égalitaire, rêve qui était relayé par les partis communistes occidentaux. La Chine n’a pas de relais. La seule image qu’elle renvoie est celle d’un pays fermé, autoritaire, qui embastille les libraires et les opposants et passe à la trappe les milliardaires.

Elle a beau tenter d’exporter ses séries, de produire des chaînes de radio et de télévision en langues étrangères, elle n’est pas parvenue à entrer dans les cerveaux des jeunes du monde entier. Sinon, certes, avec le réseau social TikTok. Son système d’information relève de la pure propagande. Ses films commerciaux, qui commencent à arriver sur les plateformes, ont une dimension caricaturale qui les rend moins attrayants et ne déclenche aucun fantasme chez nous. Tant qu’elle sera incapable de vendre du rêve à l’échelle planétaire, la Chine communiste devra se contenter de jouer dans son jardin.

Nous nous trouvons donc dans une situation où un géant ne peut plus être le maître du monde, les États-Unis, et où un autre, la Chine, ne peut pas le devenir. Or, la croissance des quarante dernières années est directement liée au fait que les États-Unis dominaient. Quand il y a un maître du monde, le commerce lointain est sans danger. La mondialisation était fille de l’hyperpuissance américaine, qui contraignait les dictateurs à se montrer discrets, et permettait d’investir facilement en Russie, en Chine ou au Kazakhstan, sans risques. Le maître du monde avait imposé des normes financières : une monnaie mondiale, le dollar, qui facilite les échanges. Sans calme géopolitique, il n’y a pas de mondialisation.

Avec l’effacement américain, la mondialisation s’est fragmentée en zones d’influence : la zone occidentale, européenne et américaine, relativement unie malgré les tensions sous l’ère de Trump ; la zone chinoise, qui comprend la Chine et sa banlieue stratégique : l’Asie et certains pays d’Afrique qui dépendent d’elle ; la zone turque, recomposée sous la forme de l’Empire ottoman.

François Lenglet.
Combien de temps cela va durer ?
Plon, 2023.

 

 

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