Franc parler

Quand je finis par être un peu plus disponible, j’eus la mauvaise surprise de constater qu’en France, l’écologie avait été monopolisée par des gens qui, aussi bien intentionnés qu’ils soient, étaient très politisés et se situaient, pour la plupart, à gauche de la gauche. Aucune couleur politique particulière n’avait d’ailleurs été affichée jusque-là, et voilà que les représentants des écologistes s’alliaient désormais au Parti socialiste, avec lequel je me sentais encore moins d’affinités qu’avec le RPR ou l’UDF. Cela sentait la récupération politique à plein nez, et j’aurais été pareillement dérangée si l’alliance s’était opérée avec un parti de droite. Étant universelle, l’écologie devrait rester au-dessus des clivages politiques.
Heureusement, il restait Nicolas Hulot. Il était simple journaliste quand je l’avais reçu dans ma maison du XIVe arrondissement pour une station radiophonique, France Inter je crois. Il m’avait semblé maigre et dépenaillé, mais sympathique, et je n’aurais jamais imaginé qu’il deviendrait le meilleur défenseur, à ce jour, de la cause écologique et l’une des personnalités préférées des Français. Il a eu la sagesse d’écarter toute tentative de politisation et de mener ses combats non dans les antichambres du pouvoir, mais dans l’exploration infatigable du monde entier. Ses révélations à la télévision sur la détérioration bientôt irréversible de notre planète qu’il constatait de visu me bouleversaient. Son pouvoir de conviction était amplifié par la souffrance que, malgré sa retenue, son visage trahissait à l’évocation de l’énormité des dégâts déjà commis et de l’urgence à prendre les mesures qui s’imposaient pour préserver ce qui pouvait encore l’être.
Autant sa personnalité, intègre mais pas intégriste, était susceptible d’éveiller l’intérêt d’un maximum de Français pour l’écologie, autant l’arrogance et l’intransigeance des écologistes gauchistes et de leurs divers porte-parole surgis dans les année quatre-vingt-dix ne pouvaient qu’en rebuter une grande partie.
Cela dépasse l’entendement que, pour l’élection présidentielle de 2007, le mouvement Europe Écologie – Les Verts ait pu préférer Eva Joly à Nicolas Hulot, et gâcher ainsi ses chances d’un bien meilleur score électoral. Sur les écrans, Eva Joly apparut en effet comme une vieille coquette minaudante et maladroite qui agaçait sans duper son monde, tant il était notoire que ce juge implacable avait fait preuve d’une dureté quasi haineuse vis-à-vis des personnes tombées entre ses griffes, certes condamnables, mais qu’elle aurait dû traiter avec davantage de neutralité et de courtoisie. Il y a des gens auxquels on a envie de donner tort même quand ils ont raison et, pour moi, Eva Joly était de ceux-là. Derrière son caractère inquiétant, dont il y a lieu de croire qu’il aurait été tout aussi procédurier et justicier si elle avait passé sa vie à vendre des fleurs ou des bonbons, on sentait qu’elle n’avait pas digéré certaines frustrations, certaines humiliations, sur lesquelles il lui fallait prendre une revanche sous une forme ou une autre. Comme chez toutes les femmes apparemment castratrices, le ton de son propos restait entaché des comptes qu’elle semblait avoir à régler.
L’avènement de Cécile Duflot ne me parut pas à même d’attirer davantage l’électorat non acquis à l’écologie ! Ses combats pour l’environnement ont beau être d’une importance incontestable, comment ne pas être choqué par l’arrogance et le sectarisme de cette petite bonne femme, persuadée de détenir la vérité au point de ne pas vouloir entendre ceux qui ne pensent pas tout à fait comme elle ou qui contredisent ses assertions en leur opposant des faits et des chiffres incontournables ? Comment ne pas être irrité par sa logorrhée débitée sur un rythme de plus en plus précipité au point qu’on finit par avoir envie de la bâillonner pour qu’elle se taise enfin et nous laisse souffler ? Elle ne parle pas : elle glapit. Aveuglée par son idéologie gauchiste au point d’en perdre tout pragmatisme, elle a réussi en deux ans de participation au premier gouvernement de François Hollande à paralyser une partie du marché immobilier. Qu’ils me pardonnent, mais il m’est arrivé de me demander comment ses proches pouvaient la supporter, et d’espérer pour eux qu’elle ait dans sa vie privée un comportement aux antipodes de celui qui est le sien dans sa vie publique, propre à faire fuir n’importe quelle personne normale.

Avis non autorisés.
Françoise Hardy.
Éditions des équateurs, 2015.

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