Peur du changement

Vous cachez-vous derrière vos possessions même si elles ne vous apportent plus rien, même si elles prennent de la place chez vous? Essayez-vous de vous convaincre que ces choses peuvent encore servir un jour, même à quelqu’un d’autre? C’est la peur du changement qui nous empêche, bien souvent, de jeter tout un fatras de choses inutiles. Une peur de l’avenir, une peur de l’inconnu, la peur aussi de voir le jour de sa propre mort se rapprocher. Jeter implique un changement, et dans le changement, c’est la mort des choses qui effraie, la disparition d’une partie de soi: la fin d’une relation, d’un emploi, d’une habitude, d’un rythme de vie ou d’une période à laquelle nous nous étions attaché. On s’accroche aux objets comme on s’accroche aux personnes, aux idées, à son éducation, à l’idée du bonheur. On a peur de l’inconnu, de l’insécurité.

Certaines personnes ont établi un relationnel intense avec leur environnement. Leur situation va donc de mal en pis si elles en changent. Elles « sentent » tellement qu’elles sont incapables de « penser ». Or raisonnement et sentiments sont incompatibles. Lorsque des objets prennent plus de prix que la vie d’une personne elle-même, c’est que les sentiments ont subordonné le rationnel. Une telle vie est donc douloureusement inconsciente.

Pourtant le changement est la seule constante de la vie. Tout ce qui stagne, croupit, durcit, se cristallise et finit par devenir poussière. Nous-mêmes changeons: n0tre chair, notre sang, nos os seront complètement différents dans quelques semaines, dans quelques années. Alors qu’enfant nous aimions les sucreries et détestions l’odeur de l’alcool, adultes, notre goût pour ces mêmes sucreries disparaît et nous buvons du vin avec le plus grand plaisir. L’agréable et le désagréable, le beau et le laid, le désirable et le répugnant, le bon et le mauvais se sont intervertis.
S’accrocher à quelque chose, c’est comme retenir son souffle. Et l’on finit par suffoquer. Puisque notre nature, nos goûts changent, laissons partir les choses qui ne nous correspondent plus. Rester accroché complique la vie. Accepter le changement (et l’étrangeté de la vie) étant comme naturel, lâcher prise avec ce qui ne peut être contrôlé est la seule façon de vivre en paix. C’est la seule façon de dissiper sa peur de l’avenir.

Le sentiment de sécurité est une composante importante du bonheur. Mais si nous acceptons le fait qu’il n’y a pas de sécurité parfaite, la menace d’insécurité aura moins de chances de ternir notre bonheur. On ne peut évoluer que dans l’inconnu.
Le changement est la danse de l’univers. Lorsque la raison de cette peur, de ce sentiment d’insécurité se rait jour, il est plus facile de jeter. Jeter, c’est amorcer des transformations en soi, c’est laisser la vie continuer entrer en soi, c’est laisser cette forme de soi non déterminée se prolonger dans le futur et évoluer.
Un mot de sagesse? « Cela aussi passera. »

Dominique Loreau.

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