La traversée du fleuve

La traversée du fleuve

Trois hommes cheminaient à travers la brousse. Ils se dirigeaient vers le fleuve qu’ils comptaient traverser avant la nuit.

Le premier portait un sabre. Et le second, un arc et des flèches. Le troisième n’était pas armé. C’était un homme humble qui portait autour de la tête un long turban de couleur blanche. Arrivé au bord du fleuve, les trois hommes furent surpris par sa largeur.

Comment allons nous parvenir à le franchir ? interrogea l’un d’eux.

Que chacun fasse de son mieux, déclara celui qui portait le sabre. Retrouvons nous sur l’autre rive. Il s’approcha alors de l’eau, leva ses bras musclés et frappa le fleuve avec son arme. Les eaux s’entrouvrirent et il traversa rapidement cependant que le passage se refermait derrière lui. Arrivé sur la rive opposée, il se retourna et interpella ses compagnons.

Le deuxième homme prit son arc et visa un arbre au delà du fleuve. Il était très adroit et il y planta une flèche du premier coup. Puis il tira rapidement toutes celles que contenait son carquois. Les flèches s’enfilèrent les unes dans les autres et finirent par constituer un pont fragile au dessus du fleuve. Le deuxième homme l’emprunta et put ainsi traverser à son tour.

Fais comme nous, crièrent les deux premiers hommes à leur compagnon qui se trouvait toujours de l’autre côté du fleuve.

Le troisième homme roula lentement son turban. Il fit un noeud coulant et lança le turban qui alla s’accrocher à un arbre sur la rive opposée. Et il traversa, lui aussi. Les trois hommes étaient à nouveau réunis. Ils échangèrent alors un sourire sans rien dire avant de se séparer.

La vie n’est elle pas un fleuve que chacun traverse à sa façon ?

Contes des rives du Niger.
Jean Muzi.
Castor Poche Flammarion, 1989.

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