« C’est en étant   heureux qu’on peut  changer le monde »
éditorialiste en chef

Surtout, ne renoncez pas à être heureux. Surtout ne vous contentez pas d’être satisfait ! Et si on osait ces exhortations du philosophe français Alain Badiou (Le Monde 15-16 août), comme résolutions de rentrée ?
Être satisfait ? C’est être content de sa place dans la société, d’avoir une maison, une voiture, toutes choses bien légitimes. Mais, rappelle le philosophe, le bonheur, c’est autre chose : « C’est lorsqu’on découvre que l’on est capable de choses dont on ne se savait pas capable ».
Mais pourquoi donc ne pas renoncer à vouloir vivre ce bonheur-là ? Pourquoi ne pas « se satisfaire d’être satisfait » ? Parce que, poursuit Alain Badiou, cette recherche du bonheur rend tout possible et plus intense. Pour soi-même, mais surtout parce qu’il nous permet de changer le monde, de bouleverser l’ordre des choses qu’un contexte économique ou politique donne comme immuable, enjoignant de s’adapter sagement et raisonnablement à un système pour y trouver la meilleure place possible, et y survivre.
Comment en effet croire que chômage, migration, pollution, fanatisme religieux ne sont pas des fatalités du temps présent ? « En étant fidèle à l’idée d’être heureux et en défendant le fait que le bonheur n’est pas semblable à la satisfaction. »
Vouloir, ça suffirait donc pour « pouvoir » ? Reconnaissons que nous n’y croyons plus toujours, ou plus souvent, les circonstances ou les expériences nous convainquant souvent que de fait, ce n’est pas assez. Alain Badiou pourtant, ne se résigne pas aux prescrits des stoïciens ou des épicuriens, fort de sa croyance dans la maxime de son père, qu’il a faite sienne – « Il suffit de vouloir » : « Je crois toujours aujourd’hui, quelles que soient les circonstances, que ce qu’on a voulu et décidé a une importance capitale. On ne peut pas arguer de la situation pour ne rien faire. Elle n’est jamais telle qu’il soit juste de cesser de vouloir, de décider, d’agir. Et il y a un moment où il faut désirer changer le monde pour sauver la figure d’humanité qu’il y a en nous, plutôt que de céder à l’injonction de l’impossible ».
Avancer pour décrocher la lune, pas juste en gérant sa survie.

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